Imprimerie : Analyse d’une mauvaise passe
Le secteur de l’imprimerie traverse actuellement une période de tourmente liée à un contexte économique défavorable, à une évolution technologique qui tend à libérer les clients habituels de l’obligation de passer par un prestataire pour imprimer et à une pression écologique importante (l’imprimerie est au cœur des enjeux environnementaux).
Un contexte économique défavorable donc mais qui ne touche pas tout le monde de la même façon. En effet, depuis les années 90 on a assiste à un mouvement de concentration qui partage le monde de l’imprimerie entre les grands groupes qui parviennent à résister et les petites et moyennes structures qui subissent plus durement les aléas de la conjoncture et particulièrement de la crise actuelle
Les petits imprimeurs sont les plus directement touchés par la crise qui impacte le budget communication de leurs clients et diminue d’autant leurs ressources tout en les plaçant en situation de faiblesse face aux grands groupes.
Nous en voulons pour preuve la perte de 1479 emplois dans l’imprimerie entre 2005 et 2006 en île de France.
En outre, on assiste chez les grands imprimeurs à un phénomène de délocalisation (pour des raisons de diminution des coûts…) qui ne peut être contré que par les nouvelles pratiques de production qui consistent à réaliser de petits tirages sur le mode du just in time (nécessaire proximité).
Une évolution des technologies ensuite : la concurrence entre impression offset et presses numériques (jet d’encre et électrographie) se fait de plus en plus forte avec le développement d’Internet, des nouveaux modes de communication et des solutions liées au numérique.
Enfin, à l’heure du Grenelle 2, les clients sont de plus en plus exigeants sur le plan environnemental. À cet égard, la protection de l’environnement est de plus en plus prise en compte dans les appels d’offre publics. Si l’imprimé n’est pas voué à disparaître à court et moyen terme, un changement d’esprit s’impose néanmoins : imprimer moins pour imprimer mieux. Imprim’vert étant maintenant largement diffusé, comment se différencier ? Il est d’autant plus urgent de répondre à cette question que des pressions externes se font sentir : L’eco taxe qui existe depuis mars 2006 surenchérit les coût des imprimés non sollicités entraînant une possible baisse de la production ; la campagne STOP PUB pour diminuer la quantité de courriers non adressés menace également le chiffre d’affaire des imprimeurs.
Triste bilan que celui que nous dressons mais des solutions existent… Comme par exemple, la mutualisation des ressources. A l’instar de ce club d’imprimeurs artisans dans le Nord pas de Calais : après 4 années de réunions mensuelles, d’échanges et de collaboration, douze imprimeurs de la région Nord-Pas-de-Calais, représentant 80 salariés, ont créé l’association « Club des imprimeurs artisans ». Ce club regroupe les imprimeries Balder, BD Graphic, Blas Desmoutiez, Briqueteur, Caloone, Centrale du Nord, Dedeystère, Dumont, Durand, Mérigond, Vanaerde, Vanwormhoudt. Au cours de ces 4 années, ces entreprises ont appris à travailler ensemble, et ont réalisé de multiples actions en commun. Cela va des opérations « simples » (sous-traitances croisées, référencements de prestataires, organisation d’événements, etc.) à des opérations plus élaborées : projets d’investissement menés à plusieurs, négociations collectives d’achats, etc.
Bref, les dirigeants de ces entreprises, toutes potentiellement concurrentes dans la même région, ont réussi le tour de force de nouer de solides amitiés et de faire progresser leurs entreprises et leur chiffres d’affaires de manière significative en travaillant ensemble. La mutualisation entre concurrents, c’est possible, et ça fonctionne !