Les Facteurs clefs d’une démarche Bilan Carbone
novembre 4th, 2009Facteur clefs de succès d’une démarche Bilan Carbone
Tout dépend de ce que l’on entend par succès ! Est-ce que le succès se limite à obtenir le « diplôme » en y passant le moins de temps possible ? Bien sûr que non me direz vous ! Et pourtant …
Nous échangeons beaucoup entre prestataires bilans carbone, notamment au sein du Club Bilan Carbone de l’ADEME et le constat revient souvent quant au nombre d’entreprises qui font un bilan carbone pour avoir un diplôme à afficher et à communiquer à l’extérieur. Quelle perte de temps et d’argent ! Si être efficace et communiquer à l’extérieur des résultats obtenus est important c’est bien loin d’être suffisant pour obtenir un véritable « succès » durable.
Le Bilan Carbone ne sera un véritable succès que si la démarche « dure » , s’approfondit, s’enrichit dans le temps pour faire progressivement partie du « patrimoine génétique » de l’entreprise comme c’est en train de le devenir pour Toshiba et comme ça l’est déjà pour d’autres entreprises. Je pense notamment à celles qui ont fixé des « budgets Carbone » à chacun(e)s de leurs cadres supérieur(e)s. Dans cette entreprise, qui a réalisé son Bilan Carbone depuis bien longtemps, le ou la responsable achat, le ou la responsable marketing, par exemple, ont chacun(e) un « budget carbone » et si ce budget est dépassé, la prime individuelle n’est pas au rendez-vous ! Quand ce type d’acte managérial est mis en place dans une entreprise, on peut commencer à parler de « succès » !
Chez Toshiba, oui la démarche Bilan Carbone est un maintenant succès et ce, pour 3 raisons principales :
· Elle a été réalisée sur l’ensemble de la « supply-chain », du « berceau à la tombe » comme on dit
· Elle a donné lieu à 3 types de résultats :
o des actions concrètes, opérationnelles apportant des gains économiques
o des réflexions stratégiques de refonte d’un certains nombres d’offres et de modèles opérationnels
o une communication basée sur une cohérence de plus en plus importante entre les actes et les discours
Les raisons principales du succès sont liées à une « étonnante » implication, dès 2007, de l’ensemble des acteurs du projet. La collecte de données s’est faite en quelques semaines seulement après la réunion de lancement pour l’usine Pilote ! C’est tout à fait exceptionnel si l’on sait que dans certaines entreprises, la collecte de données prend parfois plusieurs mois. Cette implication est due, à mon sens, à l’extraordinaire engagement du DG de l’époque de l’usine Toshiba à Dieppe. DG qui est aussi un des précurseurs de l’action Nov@log dont je parlais tout à l’heure, DG qui a souhaité démarrer ce Bilan carbone au départ par « pure » conviction personnelle ! Incroyable..Mais vrai !
Mais l’implication ne suffit pas, un terrain fertile dans le domaine de l’environnement existait déjà : une usine ISO 14001, une gestion des déchets quasi exemplaire, des éco-gestes lancés depuis longtemps. Bref, un « niveau de maturité » de l’entreprise déjà important sur tout ce qui touche à l’environnement, porté par un responsable maintenance et environnement dynamique et un DG qui le soutenait réellement.
Car, malgré ce terrain fertile, et cette implication de la direction, les obstacles ne manquaient pas. Obstacles qui provenaient de certains responsables qui ne comprenaient pas ou ne voulaient pas comprendre l’intérêt d’une telle démarche et qui ont reconnu, un an après, qu’ils y voyaient maintenant un certain nombre d’intérêts. A titre d’exemple, le bilan Carbone a permis de mettre en place une maintenance dite « conditionnelle » de détection des fuites d’air comprimé qui a fait gagner l’achat d’un compresseur inutile puisqu’il était là uniquement pour compenser les fuites d’air. Cette action de maintenance conditionnelle a été mise en place grâce à la démarche Bilan Carbone et c’est à l’issue de la réalisation de cette action très concrète que certains responsables ont commencé à être ébranlés dans leurs positions.
Autre facteur clefs de succès : l’action Pilote ! L’usine Pilote était déjà sur un terrain fertile, son DG était extrêmement motivé et présent, les résultats ont donc été au rendez-vous. Sans ce premier succès il n’aurait pas été possible de passer à la deuxième phase sur les filiales de distribution. Heureux hasard, le DG de cette usine est devenu au moment du déploiement sur les filiales, PDG de l’ensemble de la supply-chain des copieurs ! Il nous a donc été très facile de « vendre » cette expérience aux directeurs des filiales puisque leur propre patron en était le sponsor !
Pour le déploiement, les choses se sont un peu compliquées car il a fallu déployer 9 bilans carbone sur 9 filiales quasi simultanément. Comme chez RTE ou j’ai réalisé le Bilan Carbone de 76 sites en même temps, l’outil de collecte de données « multi-sites » que nous avons construit spécifiquement pour Toshiba et complété de notre outil d’analyse de la maturité environnementale (le diag-eco™) a permis de modéliser une collecte de donnée standard par types de sites et sources d’émissions de gaz à effets de serre. La construction de cet outil spécifique a, après quelques allers-retours auprès de filiales pilotes, pu être communiqué en une seule réunion à l’ensemble des correspondants bilans Carbone.
3 Approches possibles
Approche « Communication et Efficacité »
Obtenir un diplôme et le montrer le plus rapidement possible
Avantage : impact image rapidement
Risque : green-washing (de plus en plus professionnalisé) et faible motivation du personnel
Approche « Action et Résultats »
Mettre en œuvre des actions opérationnelles locales et avec un objectif de retour sur investissement rapide
Avantage : mobilisation et dégager des marges de manœuvre rapidement
Risque : « faire et défaire ». A quoi bon changer les néons d’un entrepôt si celui-ci va être fermé dans un an ?
Approche « Stratégique »
Intégrer le DD dans la stratégie de l’entreprise
Avantage : cohérence des actions, changement de paradigme
Risque : pas de premiers résultats visibles avant 2 à 3 ans (exemple RTE ou PosteImmo), concurrence
Conclusion
Vous souvenez vous de la question principale à laquelle devait tenter de répondre cette conférence ?…..
C’était : « en quoi, faire un Bilan Carbone, peut il permettre de transformer cette pression d’origine diverse (client, social, économique, règlementaire) en une force de progrès et d’innovation ? »
Comment faire du « bilan carbone » une « prise d’Aïkido » face aux forces qui risquent de nous mettre par terre ? Pour résumer, je dirais qu’il y a 4 éléments :
Dans tous les cas les démarches réussies se caractérisent par :
1. Action Globales et Interdépendantes :
Exemple l’impact CO2 peut être bon là où l’impact social est moins bon : exemple la mise en place de la géo-localisation
2. Actions Collectives
Exemple Nov@log, mutualisation, Maintenance / Production
3. Approches à la fois Stratégiques et Opérationnelles
Réfléchir globalement (exemples : basculer d’une offre produit à une offre service comme pour Toshiba conseil en réduction des coûts papiers ou mettre en place la reverse logistique des photocopieurs) tout en agissant localement (en attendant de basculer sur cette offre, comment on met en place l’eco-atelier)
Et pour conclure je citerai ce grand maitre O’Sensei :
” Combattre ! Vaincre ! Dominer ! A quoi cela sert-il ? Gagner aujourd’hui signifie perdre demain ! La puissance physique qui fait de vous un champion du moment n’est qu’éphémère et bientôt un autre vous surpassera ! Toutes les victoires sont relatives ! Aux yeux de la Nature, être victorieux ou vaincu dans le monde des humains demeure sans valeur, à l’image du flux et de reflux de l’océan. Quelle signification peut avoir la domination des autres si nous ne sommes pas capables de nous dominer nous-mêmes ?”
MERCI